Le petit chaperon bleu marine - Homo Medicalus

by Le Kiné


Posted on 31 Jan 2016 at 21:07 1760


Le petit chaperon bleu marine

 

Il était une fois Madame Petitchaperon.

 

Madame Petitchaperon est une petite mamie charmante mais poisseuse qui habite au bout d’une petite rue tranquille. Poisseuse car, il y a quelques mois, sa jambe droite s’est retrouvée à moitié paralysée lorsqu’un chirurgien malhabile lui a tranché net le nerf sciatique. Poisseuse car, quelques semaines plus tard, elle s’est pété le poignet en s’étalant dans sa cuisine.

 

J’ai donc commencé à aller la voir, deux fois par semaine, pour lui réapprendre à marcher avec une béquille, car son nerf ne repoussera plus, et pour soulager son poignet endolori. Les séances semblaient porter leurs fruits. Madame Petitchaperon reprenait du poil de la bête, même si sa jambe folle et son poignet tout raide la maintenaient un peu plus longtemps qu’avant dans son canapé, devant la télé.

 

Puis le vendredi treize est arrivé. 

 

Devant sa télé, pendant les journaux télévisés, Madame Petitchaperon a commencé à voir des photos de barbus armés. Elle a entendu résonner depuis les haut-parleurs latéraux les violentes rafales de Kalachnikov. Pendant les journaux télévisés, Madame Petitchaperon a vu les impacts de balles, les flaques de sang, les dizaines de morts et les pleurs. Elle a assisté[R21]  aux récupérations politiciennes prématurées et à la libération de la parole raciste dans les médias.

 

Alors, devant sa télé, Madame Petitchaperon a commencé à avoir peur.

 

Elle a commencé à se poster toute la journée à la fenêtre de sa petite maison pour observer le passage dans sa petite rue tranquille. Elle s’est mise à refuser de tirer la bobinette pour faire choir la chevillette lorsque l’on sonnait à sa porte tant qu’elle n’avait pas identifié la personne derrière. Elle a entamé une grève des sorties dans la rue, terrorisée par l’idée de tomber sur un terroriste. Son estomac était tellement noué par la peur qu’elle ne mangeait plus rien.

 

Puis elle a commencé à me raconter de vraies sottises.

 

Elle m’a dit qu’elle LES avait vus par la fenêtre, qu’ILS voulaient l’enlever, pour la tuer, pour la violer, pour lui faire des trucs terribles. Elle m’a dit qu’ILS étaient nombreux, bronzés, avec une GRANDE barbe et une GRANDE mitraillette. Identiques à ceux qu’elle avait vu dans les journaux télévisés. Elle m’a dit qu’ILS lui faisaient peur, qu’ILS faisaient exprès, que ça les faisait rire. Elle m’a dit qu’ILS étaient là tous les jours, dans sa rue, qu’ILS attendaient le bon moment.

 

Les Grands Méchants Loups.

 

Puis elle a entendu à la télé qu’on pouvait fermer les frontières et mettre tous les supposés Grands Méchants Loups dans des camps. Qu’on pouvait la protéger d’EUX. Alors elle a mis un petit bulletin bleu marine dans l’urne pour se rassurer.

 

Comme il n’y a jamais eu de Grands Méchants Loups dans la rue de Madame Petitchaperon, ses filles ont prévenu son médecin qui lui a prescrit un calmant pour apaiser ses idées délirantes.

 

Depuis, à chaque séance, j’essaie de rappeler à Madame Petitchaperon que, malgré les apparences, ILS n’existent pas, que ce ne sont que des fruits de son imagination, que personne ne lui veut du mal et qu’elle n’a pas à avoir peur. J’essaie de lui montrer que malgré les apparences le monde n’est pas hostile, que malgré les apparences tout n’est pas fragile, que malgré les apparences tout n’est pas perdu. Je lui conseille d’arrêter de regarder la télé, aussi.

 

Grâce aux calmants, l’état de Madame Petitchaperon s’améliore. Elle va mieux. Elle remange. Elle est ressortie la semaine dernière dans sa petite rue tranquille.

 

Et je vous jure que, malgré les apparences, elle n’a pas été mangée par des Grands Méchants Loups.

 

Pour finir, une petite histoire et une citation. La petite histoire est amérindienne :

Un vieil indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille.

Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse.

Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine.

« Lequel des deux loups gagne ? » demande l’enfant.

« Celui que l’on nourrit. » répond le grand-père. 

 

La citation est de maître Yoda, grand philosophe intergalactique :

https://www.youtube.com/watch?v=bYyQdQOLXnA



Articles similaires

Tags

attentat nerf paralysie paris marine bleu société

Réactions

Social Networks

Newsletter

Pour recevoir notre newsletter

Qui sommes-nous ?

« Au même titre que l’Homo Sapiens, et les nouveaux termes Homo Numericus ou Homo Economicus, Homo Medicalus révèle un des aspects de l’évolution humaine. Jamais dans l’histoire de l’humanité, l’Homme n’avait été autant étudié, compris et assisté médicalement. Homo Medicalus, révèle notre nouvelle nature. Notre corps intrinsèquement naturel, subit aujourd’hui l’évolution de la compréhension de notre physiologie, et de la société, permettant une nouvelle évolution de nos comportements, qui, tout comme l’évolution, est irréversible».


Idris Amrouche